Sarane Alexandrian (1927-2009)
Notre ami Sarane Alexandrian est décédé le 11 septembre 2009, à Ivry-sur-Seine, où il étaithospitalisé. Le Grand Cri-chant (comme l’avait surnommé Victor Brauner) a rejoint la Fée-précieuse,son épouse, le peintre Madeleine Novarina.
Résolument poète, dans la mesure où la poésie est une manière de vivre et pas seulement d’écrire, Sarane Alexandrian est né à Bagdad, où son père était le stomatologiste du roi Fayçal 1er. Durant son adolescence en France, il participe, à seize ans, à la Résistance dans le Limousin. À la même période, il est initié au dadaïsme et au non-conformisme par le dadasophe Raoul Hausmann. À vingt ans, à Paris, il devient « le bras droit d’André Breton », selon l’opinion publique, et « le théoricien n°2 du surréalisme ».
André Breton lui confia d’ailleurs la direction du secrétariat de Cause, avec Georges Henein et Henri Pastoureau, pour répondre à l’afflux des jeunes candidats au groupe surréaliste venus du monde entier. Co-fondateur, en 1948, de la revue Néon et porte-parole du « Contre-groupe H » qui se regroupe autour de Victor Brauner, Alexandrian devient le chef de file de la jeune garde surréaliste (Stanislas Rodanski, Claude Tarnaud, Alain Jouffroy, Jean-Dominique Rey…), des novateurs, qui s’opposent aux orthodoxes du mouvement, en situant le surréalisme « au-delà des idées » et en accordant la priorité au « sensible ». La « rupture » avec André Breton intervint en octobre 1948, mais ne remit jamais en cause son estime et son admiration pour le fondateur du surréalisme. Depuis lors, l’importance, comme l’influence, de Sarane Alexandrian, n’ont pas tant reposé sur son activité au sein du groupe surréaliste, que sur sa démarche de continuité et de dépassement de ce mouvement. Romancier, essayiste, historien d’art, journaliste (L’Oeil, L’Express) et fondateur, en 1995, de la revue d’avant-garde Supérieur Inconnu, (dont le numéro spécial sur « l’Art de vivre » paraîtra fin septembre 2009), Sarane Alexandrian, a publié de nombreux livres, dont certains ont connu un succès international : le Surréalisme et le rêve (Gallimard, 1974), Histoire de la philosophie occulte (Seghers, 1983), Histoire de la littérature érotique (Seghers, 1989). Ses romans « d’aventures mentales », comme ses nouvelles, imbibées de poésie, sont de véritables mythes modernes écrits en autohypnose. Toutes ses œuvres de fiction, véritables poèmes en prose, sont fondées sur le principe de la métaphore en action. Les Terres fortunées du songe, avec dix-huit dessins de Jacques Hérold, (Galilée, 1980), est indéniablement le chef-d’oeuvre de sa création, et l’une des plus hautes cimes de la prose surréaliste. Il s’agit d’un roman mythique absolument inclassable, ni science-fiction, ni allégorie, ni récit fantastique traditionnel, ni satire d’humour noir, mais tenant de tout cela ensemble. Sa dernière publication aura été Les Peintres surréalistes (Anna Graham, New-York –Paris, 2009), somme dans laquelle il démontre qu’il est l’un des meilleurs connaisseurs de l’art surréaliste. Un des titres auquel il tenait par-dessus tout aura été d’avoir animé, en vingt-neuf numéros, l’une des meilleures revues littéraires et artistiques de la dernière décennie, et d’avoir réuni autour de lui une « fratrie » ardente, qui aspire à être à la hauteur de son magnifique non-conformisme.
Christophe DAUPHIN
Directeur des Hommes sans Epaules
Membre du comité de rédaction de Supérieur inconnu
Marc KOBER
Rédacteur en chef de Supérieur inconnu
Sarane Alexandrian a plié son bagage de nuages avec la dignité et la discrétion dont seule la poésie donne le ton. La poésie qui fut son fil d'Ariane, car sa vie fut poésie dans son incarnation même. Homme d'écoute, attentif à la virgule perdue de l'autre et toujours prêt à lui poser son point de connaissance, Sarane appartenait à cette famille d'Hommes avec un grand H. Surréaliste, il l'était (difficile de parler de lui au passé, déjà), un surréaliste qui a su garder une attitude cohérente sans pour autant s'installer dans le dédale d'une nostalgie sclérosante. Comme il se plaisait souvent à le dire lors de nos conversations : « Le surréalisme à la papa, ça suffit ! » le tout appuyé de son regard rieur qui en disait plus long que tous les grands discours.
Fabrice Pascaud
Lire la suite de l'hommage de Fabrice Pacaud et écouter un entretien de Sarane Alexandrian sur le site Arcane 17